Une nuit dans une boulangerie

« Le cadran a entonné sa musique à minuit trente et ce sont les yeux bouffis que nous avons marché vers le Panetier. On était grelottant de fatigue, mais aussitôt passée la porte de l’arrière-boutique de la boulangerie, nous avons été enveloppé par la chaleur ardente du four à pain: nous entrions dans l’antre de la bête.
Au coeur de la nuit, le Panetier bourdonnait déjà. L’odeur de levure, de beurre, d’oignon caramélisé a chatouillé nos narines. Autour de nous deux endormis, la poignée d’oiseaux de nuit qui peuplent le petit local rue Saint-Prosper s’affairaient avec autant d’intuition que de précision.

La farine mesurée d’un oeil d’expert. La pâte lancée d’un geste vif. Les miches formées en trois petites tapes faussement désinvoltes. Parfois, des visiteurs nocturnes partageant le fuseau horaire des boulangers venaient faire un brin de jasette à l’équipe. Le rythme restait soutenu, en cadence avec la musique jouant à tue-tête. Rien n’interrompt la danse, sauf le café sacré, toutes les deux heures.

David et moi nous sommes faufilés au travers de la routine aiguisée de ces ninjas enfarinés. Et c’est avec bonheur qu’au bout de cette nuit, nous avons découvert que les centaines de croissants avaient doré, que les pains s’étaient multipliés et que les présentoirs débordaient des fruits du travail passionnés de ces fous du pain. »

-Caroline